10ème titre publié : LA FENETRE D'ILEANA
J'aime imaginer Venise comme la pointe occidentale de l'Orient. J'aime imaginer que Venise n'est pas en Italie, que sa coquille latine n'est que superficielle et qu'elle grouille de souks
immergés, de Ganges courant sous la lagune.
Ma Venise à moi n'est pas non plus forcément immergée dans un temps médiéval ou baroque. Elle pourrait très bien se situer dans le futur, j'imagine très bien une Venise bilaiienne. Ou doucement
folle comme Ostende ou Cadix. Ou même une Venise gothique, cité de l'espace tournant en orbite après une catastrophe mondiale.
Bref, pour moi, Venise est une ville éminemment plastique, cité à coulisse, poupée de mensonges que j'adore modeler, avec laquelle il fait bon jouer, parce qu'elle n'existe pas tout à fait.
Le résumé
Ileana s'en fout de ce que je pense de sa ville, elle, elle attend d'être délivrée de sa stase, de ce méchant sort qui la tient enfermée dans un tableau, sous prétexte qu'elle a trop parlé,
qu'elle s'est peut-être un peu moquée. Un beau tableau, celui qui l'enferme, mais... être vivant, c'est encore mieux quand même. Alors, ses parents partent à la recherche d'un vieux peintre,
Vieux c'est son nom, qui pourra la délivrer. Vieux éprouve un amour fou pour son art. Il n'est pas prétentieux, il est son art, il lui donnerait sa vie sans hésiter, il donnerait sa vie aux
traits, aux formes, aux couleurs, à la création. Il faudra un amour aussi fou que le sien, une passion aussi forte pour la peinture, pour qu'il puisse peindre un tableau assez puissant pour
délivrer Ileana. Il la peindra, elle, grandie.
Ce petit roman-fable-conte est plein de couleurs vives, de coeurs lumineux, mais aussi d'eaux noires, de canaux qui courent dans l'histoires, de reflets verts, de mousses trempées.
Je rends grâce aux éditions Balivernes d'avoir choisi mon histoire, tout leur catalogue est d'ailleurs passionnant. Et également à Stéohane Poinsot, illustrateur qui a brillé aussi dans le
fantastique, et qui a donné à mon texte une atmosphère visuelle somptueuse, réellement sublime.
Le plus amusant, c'est que je ne voyais pas du tout les mêmes images, pour moi Vieux était plutôt un artisan et la maison d'Ileana plus modeste, bref tout ça était moins princier. Mais comment ne
pas se pâmer devant les merveilles graphiques de cet album ? Je m'y trempe encore fréquemment les yeux.
Un extrait
Je vais vers Ileana et je la salue.
Elle ne me répond rien, mais c'est normal :Ileana est un
tableau, un très beau tableau grandeur nature,
suspendu à la maison, au milieu de l'île.
Ce dont je suis fier : en un lieu comme Venise qui est en lui même un thème ultra-visité et revisité par tous les genres de littérature,
l'histoire est assez originale. même si on peut y percevoir un lointain écho (involontaire et de toute façon vraiment lointain) de la belle nouvelle "La Vénitienne" de Nabokov.
Si c'était à refaire : Je partirai encore plus dans l'originalité, j'irai peut-être plus loin dans le monde du tableau, peut-être j'entrerais
carrément dans le tableau.
Le plus joli dans tout ça ? : Eléonore. Dans le cadre d'un atelier d'écriture bien
fourni en travail (nombreuses classes à harmoniser), je tombe sur Eléonore, et je sens tout de suite que c'est une enfant, une personne, qui a un regard particulier, profond, sur les choses. Il y
a des gens comme ça.. J'avais amené l'album pour le montrer tout naturellement à la classe, et quand Eléonore l'a feuilleté, elle a désigné une image, qui montrait des bâtiments dans
Venise, elle a posé son doigt sur une fenêtre et elle m'a dit, comme ça "J'ai dormi là, ils ont transformé le bâtiment en hôtel et j'ai dormi là". C'est la seule et unique fois dans tout mon
parcours où j'ai rencontré une lectrice qui a dormi dans un de mes livres :)